Si vous ne connaissez pas « Drive », je vous conseille de lire mon avis sur le sujet ici même. Pour cet article, nous allons nous concentrer sur la scène que je considère culte de ce long-métrage.

L’ASCENSEUR

Acteurs présents : Ryan Gosling, Carey Mulligan, Tueur à gages (non crédité)

Contexte : Le mari d’Irène est décédé suite à un braquage qui s’est mal déroulé. En effet, il a été piégé et ses agresseurs vont désormais s’en prendre à son épouse. La relation ambiguë entre cette dernière et le chauffeur n’est plus au beau fixe suite à ce terrible événement. Ils se croisent finalement dans l’ascenseur de l’immeuble. Et ils ne sont pas seuls…

Le décor : Comme son nom l’indique, la scène se déroule essentiellement dans un ascenseur. Un endroit donc très exigu, avec des murs « dorés » qui réfléchissent la lumière. On retrouve quatre spots encastrés dans le plafond, dont un situé juste au-dessus du crâne de Ryan Gosling, ainsi que des appliques murales.

Analyse :

La scène commence sur un plan qui est cadré aux dimensions de l’ascenseur. Le chauffeur est au centre de l’écran avec un homme à sa droite, légèrement en retrait. Il appuie sur le bouton avant de se décaler sur sa gauche dévoilant ainsi le corps d’Irène au fond de la pièce. La porte se ferme. La caméra se trouve désormais à l’intérieur.

Dès les premières secondes, Nicolas Winding Refn (le réalisateur) souhaite nous faire comprendre que le personnage principal protège Irène. Le fait qu’il cache sa présence au début de la séquence prouve bien que son ennemi va devoir lui passer sur le corps avant de l’atteindre.

D’ailleurs, dans l’ascenseur, les premiers plans nous dévoilent un échange de regard entre le mystérieux homme et le chauffeur, le tout en contre-plongée (la caméra qui filme légèrement vers le ciel) et avec la présence du visage d’Irène en retrait. À l’image de deux bêtes qui s’apprêtent à se battre pour la même proie. L’une pour la protéger et l’autre pour l’attaquer.

Les couleurs sont très chaudes. Les habits des acteurs sont d’ailleurs plutôt clairs. À cet instant, toutes les lumières sont allumées et inondent la pièce. Aucune musique pour le moment. Seuls les bruits des rouages se font entendre. Le danger est ensuite évoqué lorsque la caméra (une caméra à l’épaule alors que les autres plans sont, en majorité, stable) dévoile l’arme que l’homme porte. La vitesse de lecture se ralentit et les sons deviennent sourds.

On change de plan. Large, celui-ci se resserre dès lors que le chauffeur déploie, en signe protecteur, son bras vers l’arrière, en arc de cercle afin d’accompagner Irène dans le coin de la petite pièce. Les spots s’éteignent progressivement et seule l’applique murale située à gauche du personnage principal reste éclairée. Cela a pour effet de concentrer le halo de lumière sur l’expression de visage de la jeune femme. Les deux hommes sont quasiment plongés dans le noir. Une douce mélodie « religieuse » et « mystérieuse » s’invite dans la séquence.

L’acteur se retourne, pose sa main sur la hanche d’Irène. La caméra, qui s’est rapprochée, remonte vers leur visage. La lumière au-dessus du crâne du chauffeur s’éclaire de nouveau et les deux amants s’embrassent. Un long baiser qui dure quarante-deux secondes. On ressent de la tendresse tout au long du geste du chauffeur. C’est sensuel, presque sexuel. Un acte que l’on attend depuis le début du long-métrage. Toujours sur la réserve, c’est dos au mur – sachant ce qui va se passer – que l’homme passe à l’acte. Le papillon va sortir de sa chrysalide et le retour en arrière ne sera plus possible. Le baiser est intense et Irène montre son consentement en accompagnant ses lèvres à celles du chauffeur lorsque celui-ci se retire.

L’intensité de la lumière se veut plus forte lorsque la séquence est terminée. Le regard qui suit ce moment paraît long et révélateur du déclic que ça produit chez la femme. Le ralenti se stoppe, la vitesse reprend un rythme normal. Son visage se détourne vers l’ennemi qui capte son regard. Ils se jettent l’un sur l’autre. C’est très rapide.

Débute alors une chorégraphie ou le chauffeur se bat avec son opposant tandis qu’Irène suit « la danse » en se protégeant derrière le dos de son amant. Les coups sont lourds, tout comme les bruitages. On comprend alors que l’ascenseur est arrivé à destination et que la porte est sur le point de s’ouvrir.

Le chauffeur à pris le dessus sur son adversaire et la caméra alterne entre celui-ci et la jeune femme. Elle sursaute à chaque coup de pied, son regard porté sur le visage en sang de l’homme au sol. Face à elle, le « scorpion » brodé sur le blouson du chauffeur occupe une place importante de l’écran. La caméra reste longuement fixée sur son visage, de profil. La mue est en cours, elle découvre le réel visage de celui qu’elle aime. La bête apparaît en plein jour et elle prend conscience de la situation.

On part ensuite sur un angle du point de vue de l’ennemi au sol, caméra en contre-plongée qui nous montre le visage du chauffeur dans un état de haine profonde qui continue de le frapper jusqu’à la mort. La domination est totale, les images sont crues et gores.

La porte s’ouvre, lorsque le coup final est donné. Irène recule mécaniquement en dehors de l’ascenseur. Refn nous propose un plan sur le dos du chauffeur, les épaules légèrement voûtées, qui se retourne après quelques instants. La caméra encore en contre-plongée. Son visage est méconnaissable. L’effort déforme ses traits tandis que ses yeux semblent légèrement exorbités. Une expression animale. Irène est désormais face à lui. Derrière elle, un grand parking très sombre. Dans un film d’horreur, on pourrait craindre pour la vie de la jeune femme. La musique oscille entre le type « thriller » et « horreur ». C’est clairement l’ambiance que Refn a voulu créer suite à l’acte brutal du chauffeur. Se sent-elle en danger ? C’est la dernière fois qu’il la voit.

La porte de l’ascenseur se referme sur une image d’Irène, paralysée par le choc. Le plan suivant est symbolique. La caméra se situe derrière le chauffeur, toujours en contre-plongée, uniquement orientée sur l’arrière de la veste et le scorpion brodé. Aucune partie du corps n’est visible. La tête n’apparaît plus dans le cadre. Comme pour nous signifier que le chauffeur est mort et que la bête a définitivement pris le dessus…

Qu’avez-vous pensé de cette séquence ? L’avez-vous aimé ?

Donnez-moi votre retour sur ce nouveau type de chronique.

Dites-moi quelles scènes cultes de film vous aimeriez voir décrypter.

Rédacteur : Florent V.


8 commentaires »

  1. Une scène « en apesanteur » comme dirait l’autre (voilà que je cite Calogero maintenant, ça va vraiment plus 😉), qui marque la rétine et constitue le point crucial de ce film très diversement apprécié. J’avoue qu’il me fascine de plus en plus, Refn faisant montre d’un immense talent de metteur en scène, et pas seulement durant cette scène qui se place illico dans les anthologies du genre (il y aurait un article à faire sur les meilleures scènes d’ascenseur de l’histoire du cinéma).
    Tu m’as donné envie de repartir avec le chauffeur. 😀

  2. Cette scène est d’une sensualité incroyable. Je l’avais profondément aimée parce qu’elle démontrait que pour filmer l’attirance, l’amour (?), la tension sexuelle, il n’y avait pas besoin de montrer deux corps nus. Tout est dans la suggestion, dans l’atmosphère. Une jolie surprise pour moi qui pensait que la sensualité au cinéma avait totalement disparu…

  3. Le film m’a traumatisée à tel point que je m’en souviens encore des années après. Fascinant long-métrage pour quelqu’un qui, en temps normal fuit la violence quelle que soit sa forme… Je ne m’explique toujours pas comment j’ai pu tenir jusqu’à la fin sans sortir de la salle ni vomir.

  4. Coucou !! J’ai vu ce film et je me rappelle très bien de cette scène. C’est très oppressant. En fait, c’est filmé de façon tellement réaliste que ça en devient dérangeant. Mais en même tant en ce qui me concerne j’étais comme hypnotisée, je voulais vraiment connaitre l’issue.
    Le jeu des acteurs est incroyable.
    Merci pour ton partage et ton analyse très pertinente.
    Bonne journée, bisous 🙂

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