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S’il y a bien un film qui a profondément marqué ma culture cinématographique, c’est « Prisoners »

 

J’apprécie le cinéma de Denis Villeneuve. Je ne me suis pas encore totalement penché sur l’intégralité de sa carrière néanmoins j’ai apprécié ses prises de risques scénaristiques notamment dans « Enemy », « Premier contact » ou encore « Blade Runner 2049 ».

« Prisoners » possède donc tous les ingrédients pour me plaire.

 

Synopsis :

 

Deux petites filles disparaissent le jour de Thanksgiving lors d’un modeste repas organisé entre amis. Keller Dover croit à la thèse de l’enlèvement et incite l’inspecteur Loki à se concentrer sur un mystérieux camping-car repéré quelques minutes plus tôt sur les lieux. Et si cette enquête révélait les dessous d’une terrible et sombre affaire ?

 

 

Dans le détail :

Denis Villeneuve incorpore la notion de religion dès le début de son œuvre.

Dans les bois enneigés et sous un calme olympien, une biche avance à petits pas sous la voix de Keller Dover, l’un de nos personnages principaux, qui récite un « Notre Père » tandis que son fils se concentre, fusil en joue, sur les mouvements de sa malheureuse proie.

Le temps est maussade, gris et pluvieux. Tandis que les deux hommes prennent désormais la direction du domicile familial après avoir terminé leur chasse, Keller en profite pour donner une bienveillante leçon de vie à son grand garçon. Le thème musical du long-métrage est présent, triste et volontairement mystérieux.

C’est via le point de vue d’un véhicule, loin d’être « lambda », que le quartier des Dover est présenté. Une rue tranquille bordée de résidences modestes. La famille est invitée au repas de Thanksgiving chez leurs amis domiciliés à quelques pas de là. Les Birch sont un couple d’afro-américains similaires à tout point de vue aux DoverL’ambiance est détendue et les adultes s’amusent tout autant que les enfants.

Malgré tout, un danger s’éveille. Un mystérieux camping-car est garé à proximité de la maison. Sortis prendre l’air, Ralph Dover et son amie Nancy grondent leurs petites sœurs respectives après avoir chahuté l’imposant véhicule. La caméra de Villeneuve nous confère alors des plans angoissants pris de l’intérieur, le tout enrobé d’une note musicale agressive et stridente.

Les enfants retournent aux domiciles avant qu’Anna Dover ne demande finalement la permission à ses parents de rechercher son « sifflet rouge » en compagnie d’Eliza Birch. Celui-ci se trouverait dans sa chambre, dans la maison de l’autre côté de la rue. C’est le point de départ d’un long cauchemar pour les deux familles.

Sans nouvelle d’Anna, et après moult recherches, Keller commence sérieusement à s’inquiéter. Ralph évoque alors le camping-car, désormais disparu de la circulation.

 

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Changement de personnage, la caméra avance dans le dos d’un homme seul dégustant un modeste repas dans un petit restaurant de bord de route. Alors qu’il essaye d’user de ses charmes afin d’obtenir un rabais sur l’addition, son téléphone sonne et l’invite à se déplacer urgemment près d’une station-service dans le cadre de sa nouvelle enquête. Deux fillettes ont disparu quelques heures plus tôt.

Sous une pluie battante, et une luminosité proche du néant, l’inspecteur Loki avance lentement et prudemment vers un camping-car stationné, contact enclenché, à quelques mètres de sa position. Les renforts sont déjà sur place et le véhicule a été désigné comme suspect. À l’intérieur de celui-ci se distingue une ombre.

Acculé et visiblement stressé, la silhouette panique sous les avertissements de l’inspecteur et force le passage avant de finalement finir son trajet dans un arbre, aux abords d’une forêt. L’homme est interpellé est soumis à un violent échange avant de finalement être conduit au commissariat de police.

Alex Jones, c’est son nom, est doté d’un quotient intellectuel identique à celui d’un enfant de 10 ans. Il ne comprend pas le sens ni même les mots d’intimidations de l’inspecteur. En parallèle, le véhicule réquisitionné ne révèle aucun indice utile…

Loki apprend finalement que le suspect gare régulièrement son camping-car chez sa tante. La piste est exploitée et on y découvre un détective assez antipathique qui se fiche royalement des histoires de la vieille dame. Les seules informations qui l’intéressent concernent son enquête et celles-ci ne sont malheureusement pas mirobolantes. La théorie de l’handicap mental est confirmée.

 

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Se laissant encore du temps pour faire parler Alex mais, sans le moindre chef d’accusation, Loki décide d’interroger les parents des deux filles disparues afin d’étoffer son dossier.

Tandis que les Birch sont dévastés, c’est Keller Dover qui attire curieusement son attention. Le père de famille se montre impatient et presque agressif, ayant un mal fou à garder son sang-froid. Il faut le comprendre, l’unique suspect risque d’être libéré par manque de preuves. Sauf qu’il ne l’entend pas de cette oreille. L’homme supplie l’inspecteur de ne pas se tromper, de garder Alex en garde à vue et de le faire craquer. D’exploiter toutes les pistes afin de retrouver son enfant.

 

Il est intéressant de constater le changement de comportement de Loki qui, après avoir gardé un air laconique, réagit avec une extrême prudence face à la colère de son interlocuteur. Ses propos se veulent rassurants avec un bon nombre de terme positif et de mots forts

 

Alors que l’enquête suit son cours, et que la population locale se démène afin de fouiller chaque parcelle de forêt, Loki durcit sa méthode de recherche en se confrontant à l’intégralité des délinquants sexuels de la région. L’une de ses rencontres le mène vers une découverte sombre et macabre.

Finalement, Alex est libéré. Dover l’apprend et l’interpelle violemment à la sortie du commissariat. Les mots qu’il entend de la bouche de l’homme lui font complètement perdre les pédales. Il est temps désormais de prendre les choses en mains et de se faire violence soit même…

 

Les personnages :

 

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Keller Dover est interprété par Hugh Jackman. L’homme est un père de famille croyant. Il élève ses enfants avec beaucoup d’amour tout en leur inculquant une éducation stricte, mais juste. Ces valeurs, il les brise les unes après les autres afin de retrouver sa fille. L’une des morales de l’histoire explique bien l’évolution du personnage et son sort final reste l’élément le plus choquant du long-métrage.

Face à lui, l’inspecteur Loki (Jake Gyllenhaal) est un homme simple et sage. Malgré son antipathie permanente, le personnage est considéré comme le sauveur. Lui, qui a résolu l’intégralité des enquêtes qui lui ont été confiées jusqu’à maintenant va tomber sur un os. La certitude va se transformer en inquiétude, puis en colère. Comment va-t-il gérer ses émotions alors que tous les éléments se contredisent ?

 

Jake Gyllenhaal est une nouvelle fois excellent. Son appropriation du personnage est bluffante ! Cet acteur est un dieu.

 

Alex Jones est un protagoniste atypique. Énormément d’indices portent à croire qu’il est coupable, et d’autres nous font véritablement penser qu’il ne peut pas l’être. Par contre, ce dont on est sûr, c’est qu’il sait ! Et ça, Keller Dover l’a bien compris, à ses dépens. Paul Dano donne une dimension impressionnante à son rôle. Ses faces à faces avec les autres personnages sont marquants.

Concernant les autres personnages, on peut souligner l’excellence du casting organisé par l’équipe de Villeneuve. Chacun possède une place bien définie dans le déroulement du scénario et incite les personnages principaux à se révéler dans une noirceur qu’on ne leur connaissait pas.

 

La réalisation :

 

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S’il y a bien une scène qui m’a particulièrement marqué (sans parler de l’ultime minute qui est totalement choquante), c’est lors du climax final où l’un des personnages principaux conduit son véhicule dans un noir complet et sous une pluie toujours battante, le visage ensanglanté et seulement éclairé par une alternance de couleurs vives. La musique se veut stressante et angoissante tandis que seules les lignes de signalisation jaunes de la route ouvrent le passage au véhicule. Une justesse d’acting et une larme au coin de l’œil… ouah ! Que d’émotions.

Globalement, le rythme est lent lors de ce long-métrage. À plusieurs reprises, on retrouve des séquences assez longues afin d’imposer une sorte d’introspection du spectateur qui s’identifie clairement au personnage en question. De nombreux plans viennent accentuer un sentiment d’oppression, même lors de passages anodins. C’est un long-métrage qui prend son temps. Certaines personnes pourront être lassées et ennuyées par le manque de rythme du scénario. De mon côté, j’ai trouvé celui-ci très posé, mais littéralement envoûtant et percutant.

S’il n’y a rien de drôle lors des 2h33 de visionnage, les émotions sont bel et bien présentes. Stupeur, stress, tristesse… je me suis même pris à parler de vive voix à l’un des personnages lors de la séquence finale.

Concernant la colorimétrie, celle-ci est plutôt froide, des couleurs tendant vers le bleu, gris. L’atmosphère dégagée par les images est anxiogène, à base de pluie, de neige et un temps constamment couvert.

Pour terminer, la bande originale est percutante, peu variée, mais parfaitement bien dosée et utilisée aux meilleurs moments.

 

L’impact :

 

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Comment réagirais-tu si ton enfant disparaissait ? Si, au lieu d’être dans le brouillard complet, une piste sérieuse se dévoilait devant tes yeux ? Jusqu’où pourras-tu aller afin de retrouver la chair de ta chair ?

C’est un thriller psychologique et surtout un test auquel Keller Dover est confronté. Lui l’homme croyant, pour qui Dieu a une réelle importance. Briser toutes les règles pour obtenir ne serait-ce qu’un soupçon de vérité. Et même si ses actes sont impardonnables, a-t-il tort ?

« Prisoners » nous met face à un dilemme auquel aucun parent ne souhaite être confronté. Et la morale de l’histoire est tout aussi incroyable. Qui gagne ? Personne !

Denis Villeneuve plonge le spectateur dans un cauchemar et l’y garde jusqu’à la dernière seconde. Cachant malignement la vérité et, comme dans un labyrinthe, invite ses personnages à trouver leur chemin à travers les pièges.

 

Mon avis global :

 

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Un très beau film ! Presque tout est parfait. Du casting au scénario, de l’ambiance à la musique… seul le rythme peut potentiellement lasser certains spectateurs « peu patient ». Mais, on ne sort pas de ce film sans ressentir la moindre émotion. Il est fantastique et génial. Du grand Denis Villeneuve. À voir absolument !


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