5bf353e1-afd6-4b3d-80c4-5a1c0b154ab1

« Green Book : Sur les routes du sud » est une jolie balade autobiographique portée par un duo complice et touchant.

Sans être moralisateur, le film nous plonge dans une époque et un contexte que nous n’avons pas connu. Que l’on peine désormais à croire et à imaginer, surréaliste !

 

Synopsis :

1962 – Tony Vallelonga, dit « Tony la Tchatche » (ou « Tony Lip » en VO) est embauché par Don Shirley, un pianiste virtuose, afin d’assurer son convoi lors d’une tournée risquée à travers le sud des États-Unis.

Là où le mal ségrégationniste est encore profondément implanté.

 

 

 

Avant toute chose :

 

green-book-1

 

Pourquoi « Exceptionnel »?

Pour être honnête, avec du recul j’ai préféré « Green Book : Sur les routes du sud » à « Glass ». Tout simplement parce qu’il raconte une histoire simple, nous fait rêver sans avoir besoin de recourir à des péripéties majeures et rocambolesques. Il se rapproche d’« Intouchable », qui pour moi est le meilleur long-métrage français de ces dernières années. Et à ce sens, j’ai pris du plaisir et vécu un excellent moment de cinéma avec beaucoup de subtilités et de tendresse.

 

Qu’est-ce que le « Green Book »?

De son nom complet « The Negro Motorist Green Book », c’est une sorte de guide qui identifie les lieux (hôtels, restaurants, camping…) où sont « tolérés » les gens de couleurs.

« Une oasis au milieu d’un océan de discrimination » !

 

Quelle place occupe encore la ségrégation en 1962 ?

Sans rentrer dans les détails, une série de lois « Jim Crow » ont été instaurées dans les états du sud des États-Unis afin de distinguer les « appartenances raciales ». Celles-ci ont été promulguées et mises en applications entre 1876 et 1964. La ségrégation était organisée dans les lieux publics, transports en commun, écoles…

La temporalité du film se situe seulement deux ans avant l’abolition totale de ces lois par le « Civil Rights Act ».

 

Qui est Peter Farrelly, réalisateur du long-métrage ?

« Dumb et Dumber », « Mary à tout prix », « Fou d’Irène », vous connaissez ? L’on doit de belles (et lourdes?) comédies américaines au duo Peter/Bobby Farrelly. Surprenant donc de voir l’américain se lancer dans un projet comme celui de « Green Book »… et pourtant, le résultat est excellent. Également à l’écriture du scénario, l’homme ouvre la porte à de futures belles (on l’espère) collaborations.

 

Dans les détails :

 

green-book-5

 

Inspiré de faits réels, « Green Book : Sur les routes du sud » nous plonge dans un univers qui s’humanise progressivement, mais qui révèle encore de nombreuses zones d’ombres, pourries par une forte discrimination.

Ressortissant italien, Tony Vallelonga n’échappe pas à cette règle et peine à cacher ses réticences et son mépris face aux personnes de couleurs. Sans pour autant être fondamentalement raciste, l’homme accepte par soucis financiers d’accompagner Don Shirley dans un long et périlleux voyage.

Pianiste de talent et membre d’un groupe de Jazz, le « Docteur » souhaite faire découvrir son art aux endroits les plus « sombres » du pays. Lui qui a déjà conquis New York et l’Amérique libre.

En compagnie de ses deux compères musiciens, il traverse le pays en étant confronté à des situations aussi absurdes qu’inhumaines. Plus qu’un chauffeur, plus qu’un garde du corps, Tony fait face aux secrets inavouables de son hôte et l’aide à relever la tête quand le désespoir l’emporte.

 

« Si je ne suis pas assez noir, et aussi pas assez blanc, alors je suis quoi ? Dites-le-moi ! »

Don Shirley (Mahershala Ali)

 

Niveau production (mise en scène, casting, musique…) :

 

green-book-2

 

Le long-métrage est vachement intéressant et joliment mis en scène. Il nous fait voyager à travers de sublimes paysages accompagnés de magnifiques mélodies.

Le casting est d’excellente qualité avec un Viggo Mortensen méconnaissable et un Mahershala Ali définitivement entré dans la grande cour après « Moonlight » et plus récemment « True Detective – Saison 3 ». La complicité entre les deux acteurs est aussi fluide que leur capacité à se fondre dans la peau de personnages atypiques.

L’Americano-Danois se mue donc en un Italien bagarreur, parieur invétéré, engloutisseur de « bouffe » (et non pas de « malbouffe ») ainsi qu’en père de famille et époux aimant. Un homme moyen qui veille à faire vivre son cocon par tous les moyens. Proche d’une « mafia » locale pendant ses heures de travail au « Copacabana », il garde un itinéraire droit et passe au-dessus des préjugés lorsqu’il rencontre le « docteur » pour la première fois. Par la suite, avec sa bonne humeur et sa sociabilité, Tony réussit finalement à dérider son hôte tout en apprenant à combler ses propres lacunes sous de bons conseils.

De son côté, Mahershala Ali a dû se contenter du peu d’informations récoltées concernant Don Shirley afin de paraître crédible dans la peau d’un pianiste de génie. Riche, mais seul, l’homme boit chaque nuit afin de noyer son chagrin. Dans la journée, c’est une personne sympathique et droite qui prend soin de garder un niveau d’exigence élevé malgré la honte qu’il ressent de jouer devant des « blancs » qui le méprisent autant qu’il les divertit. Son but étant bien entendu de faire bouger les grandes lignes archaïques de ses villes ségrégationnistes.

 

green-book-4

 

Le scénario est excellent. Quelques situations sont vraiment cocasses. Si au début, on peut croire à un intérêt plus financier qu’humain du côté de Tony, très rapidement les deux hommes vont se prouver mutuellement que la confiance, ça se gagne et ça se mérite.

Quand l’un dérobe un « caillou », l’autre le gronde comme une figure paternelle. Au fur et à mesure de l’aventure, les rôles s’inversent et le rapport de force change de main. L’homme droit déraille tandis que son compagnon use de techniques peu légales afin de maintenir le train sur le bon chemin. C’est fabuleux, c’est léger, c’est touchant, c’est drôle, et c’est poignant.

En plus de cela, « Green Book : Sur les routes du sud » évoque avec subtilité les thèmes de l’homophobie et du machisme. Une nouvelle fois sans être moralisateur ni même lourdaud.

Pour terminer, la bande-son est magistrale. Tout au long de l’aventure, celle-ci nous accompagne avec des morceaux de jazz d’époque. « Won’t Be Long » d’Aretha Franklin entre autres… Mais aussi l’évocation de Beethoven, Chopin

 

Mon avis global :

 

green-book-3

 

« Green Book » est un excellent film.

C’est drôle et touchant, certaines scènes sont parfois humiliantes et honteuses pour les comportements de l’époque. Mais cela reste léger et surtout bienveillant. Une belle histoire qui mérite réellement d’être vue.


4 commentaires »

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.