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En pleine journée, l’un des monuments de Madrid est pris à partie par une bande de huit braqueurs au « nom de ville ». Leur but est d’imprimer 2,4 milliards d’euros avant de s’échapper et de s’offrir une nouvelle vie. Pour cela, ils vont devoir mettre à contribution les 67 otages du bâtiment. Dehors, “Le Professeur” veille au bon déroulement des opérations et se joue de la police afin de retarder l’échéance. Mais ce qu’il n’avait pas prévu, c’est qu’une inspectrice de police allait elle aussi lui donner du fil à retordre afin d’éviter le casse du siècle.

 

La Casa de Papel est une série télévisée Espagnole (Antenna 3) diffusée sur Netflix depuis le 20 Décembre 2017. Jusqu’à aujourd’hui, deux parties de saison ont été mises en ligne, soit 22 épisodes d’une cinquantaine de minutes.

Cette œuvre épisodique est épique. Excellente sur beaucoup de points de vue même si certains défauts minimes viennent légèrement assombrir le tableau.

Ici, nous allons nous concentrer sur la Partie 1 (les 13 premiers épisodes). Notamment sur les personnages et la réalisation. L’histoire sera analysée dans la seconde partie afin de ne pas dévoiler d’éléments spoliant.

 

L’une des premières choses qu’il faut dire, c’est que la série est américanisée. Si on retire les réels noms des personnages, on ne se doute pas une seule seconde du pays d’origine. Surprenant, mais bien, neuf et rafraîchissant.

Le générique des épisodes est excellent. Il ne fait pas partie de ceux que vous allez passer afin de vite rentrer dans le vif du sujet. Il fait corps avec le reste. Sous forme de maquette en papier carton (d’où le nom de la série “La maison de papier”), on retrouve les contours de la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre. La caméra navigue à travers les images de synthèse à la vitesse d’une douce musique à l’accent ibérique. Un air qui reste en tête. Sur les murs sont accrochés des plans, des photos…

Autre point commun inclus dans chaque épisode, le jour et l’heure de certaines séquences ainsi que le temps passé depuis le début du braquage. Annoncé sous forme d’arrêt sur une image assombrie par un filtre et accompagné du Tic-Tac d’une horloge. Une façon de dire que le temps s’écoule et que celui-ci est compté autant pour la police que pour les braqueurs.

D’un point de vue technique, sans être un expert, on peut deviner une tendance du réalisateur à vouloir être ambitieux. C’est assez varié. De temps en temps, un zoom viendra nous montrer un élément clé d’une séquence. À d’autres moments, ce sera le focus de l’objectif qui, d’une façon très prononcée, mettra en avant un personnage au premier plan et ensuite au second. Sans parler de ralentis poignants, en général dénués de musique.

Même si la colorimétrie est plutôt terne, le rouge sortira son épingle du jeu. Dans certaines séquences, ce sera du jaune orangé comme pour montrer un moment d’apaisement au coin d’un feu ou une pièce rondement bien décorée située, en général, en dehors de la fabrique.

Le son et la musique sont utilisés comme des éléments importants du récit. Souvent, c’est elle qui rythmera les scènes en lui donnant des notes stridentes, aiguisées comme des lames de rasoir, afin d’intensifier un sentiment d’angoisse et de peur. Des battements de cœur pour montrer les émotions d’un personnage lors d’une révélation. Seul petit défaut, elle arrive bien souvent de façon brutale. Mais le thème global est très bon. Les morceaux non originaux seront à consonances espagnoles et ça passe plutôt bien.

D’un point de vue scénaristique, on dépasse l’entendement. On est pris à contre-pieds à chaque moment. L’histoire est grande, ambitieuse, touchante, maligne, manipulatrice… Les écrivains ont produit un véritable travail d’orfèvres. Tout est millimétré et révélé au moment opportun. C’est jouissif, car les retournements de situation sont insensés et tout sauf téléphonés. Il est impossible de prévoir ce qui se passera dans la scène suivante. Les scénaristes nous tiennent par la main et nous tire le bras afin de nous forcer à découvrir leur univers. Un univers totalement réussi. Malheureusement, au fur et à mesure du temps, notre cerveau s’y habitue et la surprise n’est plus aussi forte. Mais rassurez-vous, si l’intensité baisse dans la première partie de la série, son impact reprendra de plus belle lors de la seconde. On en parlera ultérieurement.

Il est temps de s’atteler aux personnages.

 

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Je vais vous les présenter de façon succincte et par ordre d’intérêt.

« Le professeur », connu sous le patronyme de Salva, est un homme à la tête froide. Il est le commanditaire du braquage. C’est un grand stratège. Il a tout prévu, que ce soit les réactions des otages, de la police, et même de ses propres acolytes. Malgré ses prévisions, il reste quelqu’un d’émotif qui garde une part de doute sur ses plans. Salva se rapprochera dangereusement de l’inspectrice Raquel Murillo. Est-ce une faille ou cela fait-il partie de son plan? Ce n’est pas dans la première partie que nous connaîtrons la réponse.

L’une des particularités du Professeur est d’avoir une passion pour les origamis. Les confectionnant notamment lorsqu’il rentre en contact avec la police.

Justement, Raquel Murillo est la femme qui est chargée de résoudre l’enquête concernant le braquage de la fabrique. Mère séparée de son époux après avoir été battue, elle donne le maximum afin d’élever sa fille du mieux possible en compagnie de sa mère. Cette dernière souffrant de la maladie d’Alzheimer. Elle est proche de son adjoint, Angel Rubio, qu’elle considère comme un ami. Des sentiments qu’il ne partage pas totalement, ce qui le poussera à se renseigner sur l’homme qu’elle fréquente.

C’est elle qui dirige les négociations avec la tête pensante du braquage. Exténuée, elle trouve du réconfort en direction d’un gentil homme qu’elle rencontre par hasard au cœur d’un café : Salva.

Sa particularité est de nouer ses cheveux à l’aide d’un crayon avant chaque coup de téléphone.

« Berlin » est celui qui dirige les opérations de l’intérieur. C’est un personnage qui évoluera tout au long de l’aventure. Tantôt malfaisant, autoritaire, touchant et drôle. C’est l’une des attractions de la série. Propre sur lui, il fait attention à l’image qu’il renvoie. Son égocentrisme le fragilisera tout autant que le secret qu’il cache. Malgré tout, il est l’homme qui restera le plus droit et le plus fidèle au plan de départ. Le maillon fort, clairement. Mon personnage favori.

 

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Tokyo” est la voix narrative de la série. Cette jeune femme a été recueillie par « le Professeur » alors qu’elle était sur le point de se faire trahir par l’une de ses proches. Elle est forte, mais se laisse envahir par ses émotions. Son amour pour “Rio” mettra en danger l’intégralité du plan. Son instabilité va pousser les autres braqueurs à la surveiller de très près. Elle est le personnage le plus mis en avant par la production, et je ne comprends pas pourquoi étant donné le peu d’intérêt qu’elle présente… en tout cas pour la première partie !

En parlant de “Rio”, pas grand-chose à dire à son sujet. Personnage surexploité qui semble n’être qu’un ressort relationnel du récit. Ce génie de l’informatique ne voit pas ses dons réellement utilisés à l’écran et c’est dommage. De plus, dans le groupe, il est considéré comme le maillon faible et quelqu’un d’immature. Malgré tout, le jeu de l’acteur est très bon. Va t-il évoluer?

Voici l’un des personnages les mieux écrits de l’histoire. “Denver” est un jeune homme naïf, inculte et analphabète. Difficile non? Agaçant au début, son personnage évolue et prend du corps assez rapidement. Comme du bon vin. Il devient touchant. Emmené par son père dans cette aventure, il ne s’attendait pas à être confronté à des situations qui le toucheront au plus profond de son être. La joie, la peur, l’amour, le dégoût… vraiment complet.

Son père? C’est “Moscou”. Un vieil homme habitué de la prison. Redoutable, il est le sage de l’équipe. Malheureusement, il semble malade. Son rôle est de veiller sur son fils et sur ses compagnons. Il est le moins cruel de tous, surtout avec les otages. Lui aussi cache un lourd secret.

Nairobi” est la seconde femme de la bande. Elle gère la production de billet. Elle est fraîche et juste. Grande gueule elle a une cause noble à défendre. Son fils lui a été enlevé. Proche de « Tokyo », elle est séduite par « le professeur ». Lorsque cela tournera mal, c’est elle qui remettra de l’ordre dans la “maison”. Les deux derniers braqueurs sont “Oslo” et “Helsinki”, deux amis proches qui font office de gros bras. Ils sont étrangers (Serbe) et ne sont pas réellement détaillés dans le récit. Par contre, ils possèdent tous les deux une importance capitale au récit et un noeud émotif primordial.

Pour terminer, trois otages sortent du lot. Arturo Roman est sûrement celui que vous allez le plus détester. En tant que directeur de la Fabrique, il tentera à de nombreuses reprises de s’échapper sans en assumer les conséquences. Il est horrible. D’Ailleurs, il trompe son épouse avec sa secrétaire : Monica Gaztambide. Cette dernière lui annonce être enceinte de leurs ébats. Une bonne nouvelle? Ça dépend pour qui. Finalement, elle tombera sous le charme d’un des braqueurs. Enfin, réellement ou par stratégie? La dernière est Alison Parker, la fille de l’ambassadeur du Royaume-Uni, qui sera l’otage clé du braquage. Faible et fragile, son caractère évoluera au fur et à mesure des heures passées dans le traquenard.

 

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Cette première partie commence sur les chapeaux de roues. Sublime. Pourtant, l’élan s’essouffle après 6-7 épisodes, car les ressorts s’usent. Mais franchement, il y a des scènes d’anthologie. Je pense à plusieurs lieux comme le coffre-fort, la casse automobile, le quartier général du Professeur…

Les relations entre les personnages sont complexes et multiples. Certains seront durs avec d’autres. Il y aura de la trahison, des désobéissances, de l’amour, de la suspicion. Que ce soit d’un côté ou de l’autre, tous les fronts seront sous le feu de la menace.

Et n’oubliez pas qu’au final, « le Professeur » veille toujours sur son plan.


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