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William Somerset est très proche de la retraite. Encore officier de police judiciaire pour quelques jours, il est chargé de prendre sous son aile David Mills, celui qui le remplacera. Ils sont tous les deux rapidement liés à une terrible enquête concernant un tueur en série qui assouvit ses meurtres à travers les sept péchés capitaux : la gourmandise, l’avarice, la paresse, l’envie, la colère, l’orgueil et la luxure.

 

“Seven” c’est l’histoire d’une fin. Fincher prend à contrepied les spectateurs en dévoilant les informations dans un timing précis, le tout sous une ambiance devenant volontairement de plus en plus stressante.

 

Le film commence sur la préparation vestimentaire de Somerset (Morgan Freeman) avant de le retrouver sur le lieu d’un crime. Mise en scène soignée avec des gros plans sur ses mains, sa chemise, ses armes… comme pour montrer la minutie et l’importance de ses gestes avant de se lancer dans une nouvelle bataille psychologique. Car oui, c’est bien les mots qui définissent le mieux ce vieil homme proche de la retraite. Il ne comprend plus l’humanité et l’apathie des gens au-delà de crimes de plus en plus atroces. Il est fatigué et ne se projette pas sur son avenir, il souhaite simplement que tout cela s’arrête. Cette situation est cristallisée par une scène qui aura lieu un peu plus tard où celui-ci a besoin du son d’un pendule afin d’ôter les nuisances nocturnes de la rue et ainsi se concentrer pour trouver le sommeil.

Comme souvent, il pleut.

Je vais faire un parallèle qui ne va pas parler à beaucoup de monde, mais cette atmosphère humide et déprimante a été merveilleusement bien retranscrite dans un jeu vidéo du nom de “Heavy Rain”. Quand j’ai revu ce film afin d’effectuer ma prise de note, j’ai vraiment remarqué à quel point ce long-métrage à eu de l’influence pour certaines œuvres vidéoludiques lors des années suivantes.

Très tôt, le vieil homme fait la connaissance de David Mills (Brad Pitt), un jeune officier fraîchement muté qui va prendre sa relève. Lors de leur première discussion, l’un invite l’autre à discuter autour d’un bon café tandis que son jeune remplaçant préfère dès à présent se mettre au travail. La sagesse contre la fougue.

Mills à sept jours pour apprendre et suivre les conseils de son aîné. Pourtant, il ne cesse déjà de lui expliquer à quel point il est compétent. Il pense avoir la maturité pour encaisser le rôle qui lui a été attribué, ce que doute fortement Somerset.

David Fincher (le réalisateur), nous décompose l’histoire à travers les jours de la semaine. Du lundi au dimanche.

La pluie battante sera omniprésente et semblera se calmer au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue.

 

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Présentation terminée, les deux hommes se retrouvent dès le lendemain afin d’élucider ce qui doit être la dernière enquête du prochain retraité. Alors que Mills attend sous des trombes d’eau son collègue avec deux gobelets de café à la main, celui-ci arrive finalement et décline poliment l’attention du jeune homme.

La première scène de crime nous montre le décès d’un homme de très grosse corpulence, pieds et mains liés sous une table tandis que son visage baigne dans un plat de spaghetti. Un seau de vomi posé non loin de son corps fait circuler une odeur nauséabonde. La pièce est sombre et insalubre, seules les lampes-torche des deux officiers éclairent par parcimonie les éléments clés du meurtre.

Une nouvelle fois, les personnalités des deux hommes se confrontent. L’un parlant sans cesse alors que l’autre reste silencieux.

C’est lors de l’autopsie que les raisons de la mort apparaissent au grand jour. La victime a été soumise au fait de devoir manger jusqu’à ce que ses organes vitaux éclatent. Un jeu qui aurait duré douze heures selon le médecin légiste.

Immédiatement, Somerset émet le souhait à son supérieur de lui retirer l’enquête en expliquant que celle-ci va durer bien trop longtemps. Dans le même temps, il demande la même chose concernant Mills mettant en avant son manque d’expérience. Ce que ce dernier refuse catégoriquement.

 

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Deuxième jour de la semaine, David Mills débarque seul sur une nouvelle scène de crime. La presse est présente et dans un état de folie furieuse. Un avocat très célèbre et réputé vient d’être assassiné dans son appartement luxueux.

Au beau milieu du sol gît le corps de l’homme accompagné d’un message écrit de son sang : “Avarice”. Plus loin, une photo de son épouse dont les yeux sont entourés par le sang de la victime. L’officier cherche les indices, mais semble totalement perdu par le tableau mis en place par le meurtrier.

L’annonce parvient aux oreilles de Somerset. Pour la première fois, il se livre sur son dégoût envers l’humanité. Malgré tout, il est intrigué par un nouvel indice présenté par son chef de police : de petites lamelles ont été retrouvées dans l’estomac de l’homme décédé la veille. C’est lors de son retour sur les lieux qu’il constate derrière le réfrigérateur qu’une note, inspiré de texte biblique, a été épinglée au-dessus du mot “Gourmandise” écrit avec de la graisse.

De retour au commissariat, il fait le lien entre les deux meurtres et réitère sa demande de ne pas participer à l’enquête. Il s’attend à cinq autres meurtres en rapport avec les sept péchés capitaux…

Dans la nuit, alors que David Mills cherche à élucider l’enquête chez lui sous les yeux désabusés de son épouse, William Somerset se dirige vers une bibliothèque afin de trouver des ouvrages qui pourraient aider et guider son jeune collègue à avancer. Sous fond de musique classique, les images s’enchaînent avec des gros plans sur le visage des acteurs, leurs mains, les pages de livres et de photos…

 

Mercredi, troisième jour de la semaine. Il pleut des cordes et David commence sérieusement à s’énerver. Il a très peu dormi. En arrivant dans son nouveau bureau, il constate que Somerset n’a pas encore déménagé ses affaires. Ce dernier lui laisse immédiatement la place afin de s’installer sur une table à proximité. Mills lui propose tout de même de garder son fauteuil provisoirement ce que son interlocuteur refuse. L’ambiance est plate. Personne ne parle et chacun s’occupe de son côté. Un coup de téléphone troublera ce silence. Tracy (Gwyneth Paltrow) est l’épouse de David, elle demande à parler au vieil homme dans l’incompréhension totale. Celui-ci est invité à dîner.

Son but étant de forcer les deux hommes à faire connaissance. L’ambiance détendue permet au vieil homme de poser un regard neuf sur son remplaçant. Pendant le repas, Tracy avoue s’ennuyer et avoir du mal à s’adapter à son nouveau mode de vie. Ceci est symbolisé par un énorme bruit et des tremblements du logement situé bien trop proche du métro de la ville. La soirée se terminera avec la première réelle collaboration entre les deux officiers. Profitant du moment, ils épluchent ensemble les indices et décident d’interroger, dès le lever du soleil, la veuve de l’avocat. Comme si elle seule pouvait leur montrer la voie dans leur quête de réponse (les yeux entourés de sang).

Ils trouveront leur bonheur et se rapprocheront dangereusement du tueur. Jusqu’à connaître son identité. Mais au final, qui mène la danse?

 

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Grossièrement, je vous ai raconté un petit tiers du film et c’est bien suffisant, car le reste m’obligerait à spoiler des éléments clés. Passons à la partie technique.

Les acteurs sont formidables. Brad Pitt interprète un jeune homme impatient et impulsif tandis que Morgan Freeman joue de sa sagesse et de son calme pour bonifier un personnage bien plus sombre qu’on ne le pense. Le troisième acteur (que je ne citerais pas) qui interprète le tueur en série est calme et froid. Son comportement tranche considérablement avec la violence de ses crimes. Ses mots forts auront un impact terrible sur la fin de l’intrigue. La relation dès personnage est soignée. Les deux officiers se rapprocheront et deviendront même intimes. C’est lors du dernier quart de l’intrigue qu’ils se sentiront à l’aise l’un envers l’autre. Juste avant le coup de massue…

Au fur et à mesure du film, on imagine assez bien ce qui se passera. Et vous comprendrez très vite que vous aviez tort. Du début à la fin, David Fincher trompera son auditoire et nous concoctera un final qui restera dans les annales du cinéma. C’est vraiment fort de sa part, ce thriller aurait pu être banal. Et pourtant, grâce à sa mise en scène particulière et sa direction d’acteur, il en est devenu culte.

D’ailleurs, cette mise en scène est fabuleuse. L’ambiance monte crescendo jusqu’à l’apothéose. Là où la pluie baisse d’intensité jusqu’à s’arrêter complètement et laisser percer les rayons de soleil.

Les scènes d’actions, aussi peu nombreuses soient-elles, sont filmées avec une caméra à l’épaule qui permet d’accentuer le stress et d’accélérer le rythme de la séquence en question. La bande originale, parfois psychédélique, nous tient en haleine. Certaines séquences sont couvertes par de lents battements de cœur alors que d’autres sont bercés par l’écho des gouttes de pluie qui explosent sur le sol.

Un filtre sépia (jaunâtre) est présent sur l’intégralité du long-métrage. Beaucoup plus visible sur les scènes de nuit et éclairé.

 

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Et comment ne pas parler des génériques. Celui d’introduction est génial et innovateur. Ceux qui ont vu la série Dexter reconnaîtront le style. De gros plans sur des actes futiles, et bercés par un son aussi fou que le personnage représenté. Concernant les crédits, et bien, ça part du bas de l’écran pour remonter progressivement. Le tout avec une typologie originale et un peu bordélique. Excellent !

Mon avis : Ce film est vraiment très bon. Un thriller comme on les aime. Innovateur, surprenant. Qui fait réagir et fera parler encore pour de nombreuses années. Tous les choix font mouche. Les deux heures passent rapidement et le plaisir est réel. On à tous en tête des noms de long-métrage qui nous ont marqués. Celui-ci fait surtout partie de ceux qui seront sujets à de longues soirées de débat, il ouvre clairement l’appétit du grand cinéma.


3 commentaires »

  1. Difficile d’oublier le final, c’est clair. Pour ma part, c’est le générique d’ouverture qui m’est longtemps resté en mémoire, où l’on voit le tueur se raser le bout des doigts, pour en ôter ses empreintes, avec en filigrane des extraits de ses journaux. Je trouve que toute l’essence du film est résumée là. Et la suite ne déçoit pas. Jusqu’au final, en forme de gros uppercut dans l’estomac…

    Je ne sais pas si tu l’as vu, mais « Gone Girl » adapté du roman Les Apparences vaut le coup d’oeil. Niveau visuel, Fincher frôle le génie 😀

    • Le générique qui en inspira de nombreux autres (Dexter…). Concernant « Gone Girl », je l’ai ajouté dans ma bibliothèque de film à voir. Mais j’en ai tellement qu’il faut trouver le temps 😁. Par contre, j’ai vu la série Mindhunter et celle-ci m’a bien plu 👍

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