fbb84d3e-d682-4528-838e-1db0f33bb464

 

Réalisé par Alejandro G. Inarritu (The Revenant), Birdman est une sorte d’ovni cinématographique. Tantôt adulé et tantôt incompris, on y retrouve un Michael Keaton qui lâche la cape de Batman pour nous faire vivre la vie de Riggan Thomson connu mondialement pour avoir porté le costume de Birdman.

Ne vous méprenez pas, cette carrière est terminée. La gloire perdue, Thomson s’invente metteur en scène pour une pièce de Théâtre à Broadway. Confronté à ses problèmes de famille, un acteur ingérable, mais particulièrement talentueux (Edward Norton) et un égo surdimensionné, Thomson perd peu à peu le fil de son projet et se laisse envahir par ses démons. Il tentera alors l’improbable pour renaître de ses cendres et porter un dernier coup d’éclat.

Michael Keaton est bluffant. Sa capacité à jongler entre tous les états mentaux de son personnage est incroyable.

birdman2

La première scène du film illustre parfaitement mes dires. On y voit de dos notre acteur, en slip et en pleine séance de yoga. Son corps lévite à un mètre du sol et on peut écouter une voix narrative grave et très sombre l’invectiver.

C’est l’une de ses particularités, il est clairement hanté par le personnage de Birdman. Ce dernier lui reprochant de ne pas vouloir continuer la série de films du superhéros et d’être devenu une loque, un moins que rien. Lui montrant que sa reconversion n’est qu’une mascarade et qu’il mérite beaucoup mieux que les applaudissements d’une pauvre petite salle de théâtre. D’un autre côté, Riggan tente à de nombreuses reprises au cours du film de le congédier violemment à coup d’insultes et “d’hallucinations”. C’est sur cette relation particulière que le film se base. Le personnage doit-il écouter sa raison de vouloir briller dans un autre registre que le cinéma? Ou doit-il écouter son for intérieur qui le tyrannise en lui mettant une forme de réalité devant ses yeux?

birdman4

Dans le même temps, il va devoir faire face au jugement de sa fille qui est en pleine cure de désintoxication. Emma Stone joue dans un registre étonnant, les cheveux en pagailles, le maquillage quasi inexistant et un spleen profond. Elle regrette l’absence de son père lors de sa jeunesse et va se faire un malin plaisir à le lui rappeler.

De son côté, Edward Norton interprète le rôle de Mike Shiner. Un grand comédien qui attire la populace, mais qui traîne avec lui une réputation de branleur. Appelé à la rescousse par Riggan, il n’en fera qu’à sa tête. Réinventant son texte, essayant d’abuser de son épouse lors de l’avant-première de la représentation, celle-ci étant également actrice dans la pièce… Mais on s’apercevra au fur et à mesure que tout ceci n’est qu’un jeu. Au final, n’est-il pas lui même qu’en étant sur scène?

Finalement, seul son producteur apportera un semblant de réalité au personnage principal. Encore très juste, Zach Galifianakis rend son personnage drôle et sympathique à la fois. Mais au final, ce qui fera basculer Riggan sera tout simplement le regard de la presse à son égard.

_MG_0817.CR2

Nous avons ici un film assez particulier avec une mise en scène peu commune. Aucun changement de plan radical, tout est lié et la caméra suit à chaque instant les acteurs, du début à la fin. Pas de temps mort, la réalisation est minutieuse.

Ce long semblant de plan-séquence est une merveille. Les trucages pour nous faire croire à un changement soudain de temps alors que tout paraît être en vitesse réel sont génialissimes. Ça donne beaucoup de rythme au récit. Trop peut-être pour ceux qui n’ont pas l’habitude de diversifier leurs découvertes cinématographiques. On en sort lessivé, mais en ayant vécu une expérience formidable. Le travail de montage a du être monstrueux et Inarritu n’a pas volé son Oscar.

Le tout accompagné par une ambiance sonore légèrement jazzy avec, de surcroît, les musiciens incrustés dans certaines scènes du long-métrage. Un point positif supplémentaire pour le générique qui est de toute beauté. Chaque lettre des noms apparaissant au rythme de la batterie.

Côté écriture, les personnages sont magnifiquement détaillés, mais on sent que tout est mis en place pour accentuer le caractère hautain du protagoniste principal. On a affaire au moment charnière où celui-ci, soit renaîtra de ses cendres, soit entamera une brutale descente aux enfers.

Certaines scènes sont magiques. Notamment celle où Mike (Norton) rentrera dans la peau de son personnage et deviendra fou de rage en constatant que Riggan (Keaton) a échangé sa bouteille d’alcool par de l’eau en pleine répétition publique. Autre moment épique quand notre personnage principal se retrouvera en sous-vêtements dans les rues de New York en pleine représentation après avoir voulu fumer une cigarette et avoir vu la porte des coulisses se refermer à son nez.

birdman3

La fin du film est très complexe et surprenante. Difficile de ne pas en parler sans spoiler, mais je serais ravi d’en discuter avec vous dès que vous l’aurez vu, car il y a beaucoup de choses à dire ! Celle-ci peut être considérée comme le point culminant de ses 119 minutes. Pour ma part, elle m’a plu tout en me laissant perplexe et un second visionnage m’a permis de constater des détails croustillants.

Personnellement, j’ai aimé ce film. Effectivement, on touche à l’humain. Ne cherchez pas d’action, de scènes de combat ou quoi que ce soit. C’est subtil, déjanté et fou à la fois. La fin laisse la porte ouverte pour notre propre interprétation.

Un long-métrage très intéressant, vraiment, mais soyez prévenu : il est spécial. Attendez-vous à être surpris et à réagir quoiqu’il arrive.


1 commentaire »

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.