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“Il ne vous est jamais arrivé de tomber sur un mec qui fallait pas faire chier?” *crache* “C’est moi !”

 

Walt Kowalski vient de perdre son épouse. Alors que ses enfants tentent aussi bien que mal de se débarrasser de lui, il est confronté à une tentative de vol de sa voiture de collection : la Ford Gran Torino de 1972. Le jeune délinquant étant son jeune voisin Hmong : Thao. Seul problème, Walt est raciste, grognon et ne pardonne pas si facilement. Leurs personnalités vont se confronter. Pourront-ils se bonifier l’un l’autre ?

 

Souvent drôle et parallèlement triste, ce film est émouvant. Accompagné d’une très belle bande originale, Clint Eastwood nous présente ici un long-métrage de haute qualité.

 

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Il incarne d’ailleurs lui-même le rôle de Walt Kowalski. Ce personnage étant un ancien membre de l’armée américaine qui a été réquisitionné pour la guerre de Corée. Par la suite, il a travaillé pendant de nombreuses années dans une des usines automobiles Ford. D’où son goût pour les voitures de cette prestigieuse marque fondée aux USA.

En tant que père et grand-père, il semble n’avoir plus aucune attache avec qui que ce soit de son entourage familial, passant irrémédiablement pour un être aigri et sans cœur.

On peut d’ailleurs constater, lors des obsèques de son épouse, que celui-ci ne supporte plus l’attitude puérile de ses petits-enfants. Il regrette également le manque de patriotisme de l’un de ses fils, vendeur pour une concession Toyota, qui ose venir parader devant sa maison avec une voiture Japonaise. La relation avec ses proches atteint un point de non-retour. Dans un des extraits du long-métrage, alors que son fils l’appelle pour “prendre des nouvelles”, il lui sort une réplique aussi drôle que remplie de sens : “Ta femme a déjà embarqué tous les bijoux de ta mère”. On peut s’imaginer qu’ils guettent clairement l’héritage du vieil homme. Tout au long de l’histoire, on pourra s’apercevoir du fossé qui se créé entre les deux clans. Au point que, même dans la sincérité, la discussion restera impossible.

En parallèle, il a également des rapports tendus avec le père Jonavich. Walt dénigrant totalement la démarche, inutile à son goût, du catholique (“Je suis convaincu que vous n’êtes qu’un intello de vingt-sept ans encore puceau qui adore tenir le crachoir à de vieilles bigotes superstitieuses en leur promettant l’éternité”). Ce dernier était en contact avec l’épouse de Walt avant son décès et celle-ci lui avait fait promettre de veiller sur son conjoint. De le pousser à confesser ses lourds secrets de guerre enfouis au plus profond de son être, le rongeant de jour en jour (“Ce qui hante le plus un homme, c’est ce qu’il a fait sans qu’on le lui ordonne.”). De l’autre côté, le vieil homme, malade, souhaite clore la dernière page du livre de sa vie dans son modeste pavillon au côté de sa chienne et de son bolide. Ce sera l’un des fils conducteurs du long-métrage. Au fur et à mesure, leurs conversations prendront corps et chacun y trouvera son compte.

 

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Comme cité plus haut, le personnage interprété par Clint est extrêmement raciste. Il possède une haine prononcée des étrangers. Et à son grand dépit, son quartier se peuple quasi essentiellement d’immigrés asiatiques. Il sera confronté à une culture qui le dépasse. Suite à certaines de ses actions, ses voisins verront en lui un héros alors que lui les méprisera totalement. Sa façon de leur parler est infecte et pourtant, ils ne lui en tiendront pas rigueur. Se rendra même compte de fil en aiguille qu’il a plus de choses en commun avec eux qu’avec sa propre famille. Sera parfois maladroit (“On ferait bien de descendre se goinfrer de bouffe chinetoque”), mais mettra du cœur à l’ouvrage pour leur offrir son aide, se sentant enfin utile. Il prendra sous son aile celui qui tenta de dérober sa belle voiture. Il reconnaîtra un courage et le cran de sa voisine lorsque celle-ci subira une altercation avec une bande du coin.

Thao est le jeune voisin Hmong de Walt. Il est l’homme de la maison, mais semble très réservé et manque de courage. Tout le contraire de sa sœur : SueAlors qu’il est persécuté par un gang de mexicain, son cousin “Spider” lui vient en aide et lui demande d’intégrer sa bande. Réticent au départ, il accepte tout de fois de participer à une initiation. Il doit dérober la voiture de légende de son voisin américain. Un réel fiasco. Ce qui lui vaudra d’être dans l’obligation de lui offrir ses services pendant un certain temps.

Son caractère changera. Il sera confronté à une personne aigrie qui le rejette dans un premier temps. En parallèle, Sue se rapprochera de Walt et l’invitera à découvrir son peuple (“On m’a traité d’un tas de choses, mais jamais d’être amusant”). Elle tentera de faire évoluer les opinions des deux côtés. Une talentueuse médiatrice. De leur côté, les membres du gang de Spider seront prêts à tout pour contrôler la vie du jeune Hmong.

La Gran Torino est le point central de l’histoire. C’est un objet convoité qui est l’une des fiertés de Walt Kowalski. L’un de ses derniers êtres chers au même titre que sa chienne et que l’a été son épouse. Pour lui, elle a de la personnalité et est très courtisée. D’un côté, sa petite fille tente de le convaincre de lui léguer le bolide. De l’autre, déclenchera la relation entre Walt et son voisinage. Et ce n’est pas pour rien si le récit se termine sur un gros plan de la voiture.

 

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Le film peut manquer de rythme à certains moments. Certains enjeux majeurs sont laissés de côté pendant un long moment. Malgré tout, il est important de noter une construction lente, mais utile du scénario. Chaque personnage principal est sculpté afin que le spectateur s’en sente proche. Ils possèdent tout un point fort et un point faible. Walt est raciste et irrespectueux, mais il sait se remettre en question. La timidité et le manque de prise d’initiative de Thao le freinent dans son évolution en temps qu’homme, mais il est réfléchi et ne se laisse pas embrigader. Il apprend vite et a soif de connaissance. Sue est forte, possède un caractère de feu, mais seuls les mots ne pourront la défendre du danger. Chaque péripétie est étudiée afin d’impliquer le spectateur. L’émouvoir, faire passer une multitude de messages. C’est en cela que ce long-métrage est excellent.

La réalisation est propre, ne sort pas de l’ordinaire, mais aucun point faible à relever. Certaines séquences sont intéressantes, comme celle où l’on voit le vieil homme avec sa chienne à ses pieds et au second plan, sa Gran Torino signifiant clairement ce qu’il lui reste de sa vie depuis la perte de son épouse. 

Concernant la colorimétrie générale, on retrouve une sorte de léger filtre jaunâtre, proche du sépia qui peut signifier l’amertume du personnage principal.

La bande originale est douce, la musique composée pour le film est touchante. Comme une brise légère, elle se balade de scène en scène jusqu’à une conclusion surprenante et intelligente. On retrouvera aussi un morceau typiquement militaire quand Walt sortira de ses gonds. Ses confrontations avec le gang de Hmong seront électriques. Ça prouve bien qu’il a du mal à occulter la période sombre de sa vie qu’était la guerre.

Il y a des défauts, c’est clair. Le style de Clint Eastwood est abrupt, les dialogues feront clairement réagir. Certains adoreront alors que d’autres s’insurgeront. Les passages qui se trouvent dans le salon de coiffure sont tout simplement géniaux d’auto dérision.

Encore une fois, j’omets de nombreux éléments. Il y a énormément de petites séquences intéressantes, drôles et poignantes.

Le rythme et le manque d’action pourront néanmoins ennuyer les moins patients d’entre nous. Et on est clairement dans du bon sentiment, tout au long de l’évolution du récit. On passera du brouillard à la lumière, pas vraiment d’entre-deux.

Au final, je l’ai aimé et c’est d’ailleurs pour cela que j’ai dégainé ma plus belle plume pour décrire modestement l’un des bijoux du cinéma hollywoodien.

 


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